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Lecture des propositions IX à XI du De Affectibus

by reactpress -July 2, 2018 8:09 PM

Les propositions 9 à 11 déduisent les 3 affects primaires ou « primitifs » de l’âme (humaine, du moins dans les scolies) – désir, joie, tristesse : elles appliquent la théorie générale du conatus (prop. 4 à 8) aux phénomènes mentaux déterminés dans les prop. 1 à 3 du De affectibus.

Ces affects primaires sont ainsi les figures fondamentales de la vie affective, toutes trois directement déduites de l’élan fondamental qui produit celle-ci, le conatus, et ce indépendamment de toute considération des objets concernés (considération qui n’interviendra qu’à partir des propositions suivantes : 12-20). Elles suffiront a déduire/expliquer/produire, une fois compliquées par les mécanismes de l’imagination et de l’imitation, toutes les manifestations singulières et multiformes, bariolées, de la vie affective, la foule hétéroclite et apparemment arbitraire des sentiments particuliers.

Prop. 9 : L’esprit, en tant qu’il a tant des idées claires et distinctes que des idées confuses, s’efforce de persévérer dans son être pour une certaine durée indéfinie, et est conscient de cet effort qu’il fait.
demonstratio par 3, prop 3 | 3, prop 7 | 3, prop 8 | 2, prop 23

Revient à l’âme, plus spécifiquement (alors que les propositions précédentes portaient sur toute « chose » existante) : l’âme est une de ces choses qui s’efforcent.

Enjeu principal de la proposition : le conatus qui anime toute âme, se manifeste dans la production de toutes les idées qui en découlent, que celles-ci soient adéquates ou inadéquates (pas seulement adéquates).

Comme au passage, la proposition établit aussi que l’âme (humaine ?) est nécessairement consciente de son effort. Ainsi cette conscience n’est pas centrale ni décisive, mais une propriété nécessaire du conatus psychique, non pas fondatrice mais dépendante, à titre corollaire, de la nature de l’âme. Le scolie reviendra sur ce point (cf. plus bas).

Ce n’est pas une instance séparée ni une faculté mais un simple accompagnement de l’effort. A aucun moment il n’est dit qu’il s’agit d’une conscience claire, au contraire : cette conscience accompagne aussi bien les idées confuses que les idées claires.

Ainsi le renvoi à la prop. 2, 23 dans la démonstration a pour fonction de montrer une limite : l’âme n’est conscience de son effort que dans la mesure où cet effort est le corollaire des affections du corps.

Le conatus, en tant qu’il s’accompagne d’une forme de conscience s’appelle le désir, comme l’énoncera le scolie. Et il est, si l’on veut la source unique de toutes les variations affectives, premiers parmi les affects primaires (Joie et Tristesse en seront les premières modulations/variations/tonalités fondamentales).

En fait, comme le montrera le scolie et la définition 1 des affects, c’est le « désir » qui est ici défini comme 1er affect primaire.

Démonstration

Il est de l’essence de l’âme de produire à la fois des idées inadéquates et adéquates : en exprimant son essence par son conatus, l’âme le fait à travers l’ensemble des idées produites en elle.

Scolie

Conatus = volonté (voluntas) = appétit (appetitus) = désir (cupiditas)

Il n’y a que des différences nominales entre ces termes.

La vérité de ces notions et de leur synonymie est celle du conatus, relativement auquel elles sont chacune définies.

Le scolie de la prop. 2 avait déjà soutenu, par avance, que l’appétit et la détermination du corps sont une seule et même chose.

Cf. aussi la définition 1 des affects, celle du Désir, en particulier la fin de l’explication : « J’entends donc par le mot de Désir tous les efforts, impulsions, appétits et volitions de l’homme, lesquels varient suivant la disposition variable d’un même homme et s’opposent si bien les uns aux autres que l’homme est traîné en divers sens et ne sait où se tourner. »

Ainsi, il sera inutile de se demander par ex. si notre « volonté » peut lutter contre nos « appétits » : c’est la même chose.

Appétit/désir comme « essence de l’homme » : formule célèbre.

« Cet effort (…) n’est rien d’autre que l’essence même de l’homme » : cela ne signifie pas que l’homme soit défini par cet effort, puisque toute chose existante a un conatus ; Toutes les choses réelles ont un effort ; et celles qui ont une âme suffisamment développée ont conscience de cet effort.

Cela signifie que le conatus, quelque nom qu’on lui donne, est essentiel à l’homme, fait partie de son essence (comme de celle de toute chose : c’est l’essence comme existant en acte, comme puissance, et même comme partie de la puissance divine).

« Il est impossible de [le] présenter autrement que comme une nature désirante » (Macherey, 102).

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