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Lecture des propositions XII à XX du De Affectibus

by reactpress -July 2, 2018 8:12 PM

Après avoir déduit les 3 affects primitifs, les propositions 12 à 20 sont consacrées à leur diversification/dérivation en affects complexes, en particulier à la manière dont ils se fixent (nécessairement) sur des « objets », en s’accompagnant donc de la/leur représentation, selon la logique délirante des mécanismes de l’imagination déduits dans le De Mente.

Macherey : « la greffe représentative du désir, qui fait passer l’affect de sa forme primaire à sa forme secondaire, et est ainsi la condition de la formation des complexes affectifs » (129).

Désir, joie et tristesse, en tant qu’associés par des mécanismes imaginaires à des représentations de choses extérieures, se nomment d’abord « amour » et « haine », qui a leur se diversifient et se complexifient de multiples manières.

Jusqu’ici désir, joie et tristesse étaient considérés comme des affects purs, libres de tout intérêt à l’égard des choses extérieures : les propositions suivantes vont montrer comment l’imagination, en tant qu’elle préside de manière générale à la relation d’objet (= la représentation, dont les mécanismes et l’inadéquation naturelle sont expliqués dans le De Mente), va déterminer le désir – sans objet propre en lui-même – à investir certains objets, selon plusieurs modalités de dérivation.

5 modalités de dérivation/complexification seront déduites dans ces propositions : cf. plan plus bas.

Ces 5 modalités vont donner lieu à une certaine prolifération des affects (et de leur confusion) selon la logique délirante quoique nécessaire de l’imagination.

Cela impliquera finalement une ambivalence radicale des affects, une confusion générale des sentiments : « n’importe qui peut désirer n’importe quoi et être rendu joyeux ou triste par n’importe quoi, n’y ayant rien dans quoi que ce soit en particulier qui le rende universellement ou absolument désirable ou en fasse une cause en soi de joie ou de tristesse, à moins que l’imagination, par les voies obscures qui lui sont propres, ne l’ait rendue tel en apparence et ainsi offert comme objet aux affects. » (Macherey, 132).

L’examen de ces modalités de dérivation et de contagion des affects montera également le principe fondamentalement narcissique qui les anime (c’est-à-dire le conatus de chacun) : « Les choses que nous aimons, et toutes les autres que nous recherchons également parce que nous associons leur représentation à celle des premières, c’est pour nous-mêmes que nous les aimons : c’est nous que nous aimons en elle, parce que nous constituons nous-mêmes en dernier instance l’objet véritable de toutes nos espérances et de toutes nos craintes, pour lesquelles les autres objets ne sont tout au plus que des prétextes occasionnels. » (Macherey, 182).

Principaux moments :

– 12 et 13 : principe général de la fixation du désir sur des objets (1e modalisation)

– 14, 15 et 16 : transferts arbitraires par association/mémoire et par ressemblance/similitude (2e et 3e modalisation)

– 17 : ambivalence des affects

– 18 : rapport au temps (4e modalisation)

– 19, 20 : identification (5e modalisation)

Prop. 12 : L’Esprit, autant qu’il peut, s’efforce d’imaginer ce qui augmente ou aide la puissance d’agir du Corps.
demonstratio par 2, prop 17 | 2, prop 7 | 2, prop 17, sc | 3, post 1 | 3, prop 11 | 3, prop 6 | 3, prop 9

Les prop. 12 et 13 énoncent la dimension proprement affective de l’acte d’imaginer (quelque chose), dont la partie II avait déterminé la dimension cognitive. Elles définissent ce qu’il est convenu d’appeler « amour » et « haine » : c’est-à-dire la manière dont le désir (jusque ici sans objet) se modalise lorsqu’il s’accompagne de la représentation d’un objet (par l’imagination).

Les prop. 12 à 17 déduisent la manière générale dont des choses se trouvent soit aimées soit haïes, soit les deux à la fois, ce qui constitue la base de la « fluctuation » (scolie de la prop. 17) de la vie affective.

1e modalisation des affects primaires : la relation d’objet (prop. 12 et 13).

La prop. 12 (et aussi 13) tire d’abord la conséquence conjointe des prop. 9 et 11 : cherchant à persévérer dans son être (9), et étant soit diminuée soit augmentée par l’idée des choses qui diminuent ou augmentent la puissance de son corps (11), l’âme va nécessairement et naturellement s’efforcer de penser ce qui l’augmente et de « ne pas » penser ce qui la diminue.

Du fait de son conatus, l’âme s’efforce d’imaginer des corps qui accroissent la puissance d’agir de son corps, et par là sa propre puissance : ce sont ces corps (ou plutôt la représentation qu’elle s’en fait) qu’elle va « aimer » (= apprécier, goûter, valoriser, trouver désirables, rechercher, etc.). Inversement, elle s’efforce de ne pas imaginer les corps qui diminuent sa puissance, en s’efforçant en réalité d’imaginer d’autres choses qui en excluent l’existence (comme le montrera la prop. suivante) : ce sont ces corps (ou plutôt la représentation qu’elle s’en fait) qu’elle a en aversion ou hait.

Ainsi, l’âme est portée à valoriser/apprécier (ou dévaloriser/déprécier) certaines représentations au détriment d’autres, selon qu’elle imagine ces objets représentés comme favorisant ou non la puissance d’agir de son corps.

Ceci signifie aussi bien que l’imagination, la représentation spontanée des choses extérieures est toujours déjà « intéressée » – nullement neutre ou désintéressée : c’est en cela que les représentations mentales ne doivent pas être considérées comme des « peintures muettes sur un tableau », mais comme des « actes » par lesquels s’exprime chaque fois l’élan vital du conatus (lien fondamental entre l’affectif et le cognitif).

L’âme n’est pas un reflet passif de ce qui se passe dans le corps; elle n’est pas un simple corollaire; il se passe aussi quelque chose dans l’âme, elle n’est pas un épiphénomène. En même temps que le corps poursuit son effort, l’âme poursuit le sien, ce qu’elle fait en imaginant l’effort du corps.

Remarque importante cependant : il n’est pas dit que ces choix d’objets ou préférences soient adéquats, au contraire. J’agis en fonction de la représentation (= conscience inadéquate) que j’en ai, non en fonction de leurs effets réels sur moi.

Ex. de l’hydropique qui recherche de l’eau; l’alcoolique qui désire l’alcool, etc.

Ex. inverse du médicament, qui n’est pas pris volontiers par les enfants.

Remarquons enfin que toutes ces « choses » sont très indéterminées : cela peut être de l’eau, un médicament, un semblable, etc. A ce niveau, autrui n’intervient pas de manière spécifique.

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